


Copyright © 1996, Renaude Gosset, droits réservés dans le monde entier
Alexander a beaucoup parlé de l"unité psychophysique",
disant quon ne peut séparer le versant physique du versant mental ("so-called
physical side and so-called mental side"). Si lon ne peut effectivement les
séparer, il faut cependant les distinguer, ce qui nous permet de mieux situer
linterférence entre ces deux versants et de jouer sur elle dans la mesure de ce qui
est accessible.Quelle est donc la nature de cette interférence ? Elle est liée au fait
même de lémergence de la conscience réflexive chez lêtre humaine, cette
conscience qui non seulement pense, mais peut se penser elle-même et penser lêtre
que nous sommes. Ceci entraîne la possibilité dexercer une action sur soi, et dans
le cas qui nous intéresse, sur son activité, de régler, de corriger, dorganiser,
selon des principes élaborés par la conscience et mis en oeuvre par la volonté. Ce qui
a une double conséquence :
- la possibilité dapprentissage,
- la perturbation du fonctionnement naturellement organisé de la matière.
En effet, je suis frappée depuis longtemps par les états de fixité des yeux, de la tête, du cou, etc, quentraîne une certaine forme dattention, de "prise de conscience", dobservation de soi, dans le travail de la Technique, ainsi que dans la vie courante. Comme si une séparation sopérait dans le corps entre la tête et le reste de ce corps, séparation qui illustre lidentification, la confusion, de la tête et de la pensée, du cerveau et de la pensée. Le cerveau nest pas la pensée, il en est le substrat. La pensée ou la conscience ne sont pas réductibles au cerveau. La musique est-elle réductible à linstrument ?
Lune des interférences entre corps et pensée me paraît se manifester dans ce curieux phénomène de mobilisation musculaire fixée, particulièrement au niveau de "lorgane de la pensée", à savoir la tête. Mais la tête cest du corps, il ne faut pas loublier, ni oublier de le dire. Il me parait important de bien réaliser cette différence de nature entre pensée et matière. Leur coexistence et leurs rapports, leurs influences réciproques et leur rassemblement dans un sujet, ne font pas une unité. Une unité dynamique subjectivement perçue ne fait pas une unité de nature. Poser une unité de nature en préalable me parait aller dans le sens dune interférence confuse. La technique de linhibition traite très exactement de cette interférence, en introduisant un suspens entre le stimulus (la pensée) et la réponse (le corps).
Je pense que la Technique, loin dêtre une technique corporelle, est plutôt un travail sur la relation du sujet avec lui-même en tant que sa pensée est incarnée et cest pourquoi je crois que nous devons faire appel, de manière permanente, au sujet en tant que sujet--de désir, de projet, de présence--se percevant tel, mettant en jeu cette activité de la conscience, la sienne, ici et maintenant, dans cet espace-là, concret, qui le délimite et le soutient, en tant que matériau réel et perçu, et dont il est le centre pour lui-même. Et ceci non pas dans la méconnaissance de lhétérogénéité matière-pensée, mais dans sa pleine reconnaissance. Si nous ne le faisons pas, nous manquons lêtre et le petit degré de liberté supplémentaire que nous pouvons nous accorder.
Renaude Gossett
116 Rue d'Avron, Paris, 75020, France
Tel: +33 (0)1-43-48-31-07
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