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La Technique Alexander dans
une Perspective Évolutive de l'Homme

par Jean Hiernaux


L'objet de cet exposé est de caractériser la trajectoire évolutive de la matière vivante terrestre et particulièrement de la lignée humaine, et de nous interroger sur le rôle que pourrait jouer la méthode Alexander pour mettre les êtres humains dans un état favorable à la poursuite de cette trajectoire.L’évolution de la vie sur terre s’inscrit dans une tendance fondamentale de l’univers à s’organiser: l’émergence et l’évolution de la vie a continué un long processus de complexification qui remonte "big bang" initial. Cette évolution a pris la forme d’une diversification buissonnante; on peut cependant y suivre une trajectoire évolutive qui caractérisent, notamment, une complexité croissante des organismes ( par exemple, une amibe est plus complexe qu’un virus, et un chien qu’une éponge) , une indépendance croissante vis à vis du milieu ambiant(par exemple, l’acquisition de l’homéothermie à l’émergence des oiseaux et des mammifères leur a permis de vivre activement un climat froid) et une accélération croissante ( à l’échelle des centaines de millions d’années, le nombres d’espèces contemporaines a créer de plus en plus vite, comme le volume relatif du cerveau à l’échelle des dernières dizaines de millions d’années).

La lignée humaine est manifestement à la pointe de cette progression. Avec elle l’évolution franchit un pas majeur: le relais progressif de l’évolution génétique, seul mode évolutif avant l’Homme, par l’évolution culturelle, en entendant par culture tout ce qui est transmis par communication entre les êtres. Ce relais permit d’accroître fortement le potentiel de vitesse évolutive (l’unité de temps de l’évolution génétique est la génération, alors que la vitesse de diffusion d’un élément culturel n’a de limite que celle des moyens de communication, sans cesse plus rapide). En fait, la progression culturelle a suivi une courbe d’accélération exponentielle (par exemple, des dizaines de milliers d’années sont requises, au début de l’Age de la Pierre, pour que soit perceptible une efficacité accrue des outils, alors que des changements technologiques majeurs surviennent en une génération de notre époque). On comprend dès lors que la progression génétique, au volant d’inertie tellement plus pesant, ne soit plus sollicitée aujourd’hui dans la lignée humaine. Basée sur la communication, la progression évolutive de notre lignée implique une interdépendance croissante des êtres humains. Elle requiert qu’à cette interdépendance objective réponde un sens subjectif de solidarité. La socialisation humaine diffère radicalement des sociétés d’insectes où le comportement est réglé très étroitement par l’hérédité alors que le comportement de la personne humaine, s’il a une part génétique, présente une capacité élevée de plasticité face aux circonstances changeantes de la vie. Bien plus que dans toute autres espèce, l’individu humain acquiert ou modifie ses comportements par communication avec d’autres personnes, notamment par éducation.

L’évolution culturelle paraît un mode bien fragile de progression, comparée à l’évolution génétique. Une fragilité accrue est d’ailleurs le prix de bien des pas évolutifs. L’accélération incessante du rythme de la progression culturelle nécessite une capacité sans cesse accrue d’auto-transformation. Au point où nous en sommes, notre évolution ressemble à la progression d’un coureur qui devait courir de plus en plus vite pour ne pas trébucher. Les risques de clarté -c’est-à-dire d’extinction de notre lignée- semblent tels aujourd’hui qu’il parait difficilement concevable que la progression évolution continue sans que l’Homme franchisse un pas évolutif culturel majeur.

En fonction de ce qui précède, comment caractériser l’acteur idéal de ce pas évolutif ? Ce serait un individu hautement capable de s’adapter à un environnement en transformation continue. Il serait à tout moment prêt à faire table rase de ses habitudes de comportement et de pensée et à en adopter de nouvelles. Pleinement ouvert à la communication, il maîtriserait ses pulsions agressives. Une société faite de telles personnes aurait un faible volant d’inertie à son évolution culturelle. Son potentiel évolutif serait d’autant plus grand que ses membres épanouiraient leur individualité, car la diversité des individus est la base de toute évolution d’une communauté, que cette évolution soit génétique ou culturelle.

Nous trouvons dans ce portrait de l’Homme évolutif idéal une série de traits que nous tentons de développer par notre pratique Alexander : la capacité d’inhibition, de remplacement d’une habitude par une autre, de disponibilité. Par des moyens non verbaux, le professeur Alexander tente de communiquer à l’élève l’état de son être, tout en étant à l’écoute du sien.

La progression de l’élève dans la Technique Alexander est donc dans la ligne d’une évolution vers l’Homme idéal, dans la mesure où elle augmente l’ouverture à l’autre, la maîtrise des pulsions affectives et la plasticité de la pensée.

On peut aussi concevoir que l’état psycho-physique d’une personne qui a atteint un niveau élevé de la pratique Alexander puisse avoir une influence bénéfique sur son entourage, sans contact, sans verbe. En fait, des philosophies comme le taoïsme affirment que le sage exerce une influence bénéfique autour de lui sans parler du simple fait de son état. Pour des taoïstes, le sage est celui qui a retrouvé sa racine, sa nature, après avoir dissipé tout ce qui s’était accumulé pour l’occulter. Dans un certain sens, Alexander aussi visait à rendre à la personne l’état de nature tel qu’il s’exprime chez l’enfant et le "sauvage" qui ont, par nature, le contrôle primaire.

N’y a-t-il pas là recherche d’une état archaïque ? Peut-être, mais tout au long de l’histoire de la vie, l’évolution buissonnante a émis ses pousses progressistes à partir non de rameaux terminaux, mais de troncs moins différenciés. Le retour de l’Homme à la sa "nature" pourrait être une condition de son évolution culturelle progressiste.


Au sujet de l’auteur

Jean Hiernaux
13 Rue de Chevrefeuilles, Touques, 14800, France
Tel: +33 (0)2-31-98-98-45


 

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